Attention
Un cahier des charges n’est pas un exercice administratif à faire pour la forme. C’est l’outil qui vous évite de perdre des semaines à recommencer.
Poser les bonnes questions avant de foncer
Définir son besoin et son cahier des charges
Comprendre pourquoi un cahier des charges clair évite de repartir dans tous les sens à mi-projet, et comment en écrire un simple et utile.
Sur un projet, l’envie de commencer à souder, imprimer ou coder est forte — c’est souvent pour ça qu’on s’inscrit au MakerSpace. Mais démarrer sans avoir posé le besoin, c’est le meilleur moyen de refaire les mêmes choix trois fois, de découvrir une contrainte bloquante à la semaine 6, ou de livrer un prototype qui ne répond plus du tout à la question de départ.
Un cahier des charges n’a pas besoin d’être long ni formel. Il doit juste répondre clairement à cinq questions, avant la première ligne de code ou la première pièce imprimée.
Posez-vous ces questions dans cet ordre — c’est le raisonnement naturel : pourquoi → quoi → pour qui → avec quelles limites → comment on vérifie. Ce sont exactement les cinq sections du gabarit plus bas, dans le même ordre : ce que vous répondez ici, vous le recopiez tel quel dedans.
C’est la section “Objectifs” qui fait le plus souvent défaut : la différence entre un objectif mal cadré et un objectif bien cadré se voit immédiatement à la lecture.
Objectif : “Faire un robot qui trie les déchets.”
Ce qui manque : quel volume de déchets, quelles catégories, quel budget, quelle échéance, quel niveau de fiabilité attendu. Avec cet énoncé, l’équipe ne peut pas savoir si elle a fini, ni si elle est encore dans les clous à mi-parcours.
Objectif : “Concevoir un robot capable de trier 3 catégories de déchets (plastique, verre, métal) déposés sur un tapis roulant de 1 m, pour une démonstration au Forum des Sciences du 15 mai. Budget maximum 150 €, délai de 8 semaines, taux de tri correct visé : 80 % minimum sur 20 essais.”
Ce que ça permet : l’équipe peut se répartir le travail, savoir si un choix technique rentre dans le budget, et vérifier objectivement à la fin si l’objectif est atteint.
Vous n’avez pas besoin d’inventer un format. Ce gabarit tient dans le fichier
docs/objectifs.md du repo template — copiez-le et remplissez-le en équipe
dès la première réunion de projet.
## Contexte
<Pourquoi ce projet existe. Quel problème observé, quelle opportunité.>
## Objectifs
<Ce que le projet doit accomplir, formulé de façon vérifiable.>
## Public cible
<Qui utilise ou évalue le résultat.>
## Contraintes
- Délai :
- Budget :
- Matériel / machines disponibles :
- Compétences de l'équipe :
## Critères de réussite
<Comment on sait, objectivement, que c'est réussi.>
Voici à quoi ressemble le gabarit une fois rempli, sur le projet du robot de tri utilisé en exemple sur cette page :
## Contexte
Le Forum des Sciences d'Amiens souhaite une animation pédagogique sur le
tri sélectif pour son édition de mai. Aucune démonstration mécanique de
tri n'existe actuellement dans le programme.
## Objectifs
Concevoir un robot capable de trier 3 catégories de déchets (plastique,
verre, métal) déposés sur un tapis roulant de 1 m, pour une démonstration
publique le 15 mai.
## Public cible
Les visiteurs (familles, scolaires) et l'équipe d'animation du Forum des
Sciences, qui doit pouvoir faire fonctionner le robot sans notre présence
le jour J.
## Contraintes
- Délai : 8 semaines
- Budget : 150 € maximum
- Matériel / machines disponibles : imprimante 3D, découpe laser, Arduino
- Compétences de l'équipe : électronique de base, aucune expérience en
vision par caméra
## Critères de réussite
Taux de tri correct ≥ 80 % sur 20 essais, robot fonctionnant sans
supervision technique pendant la démonstration, coût total ≤ 150 €.
Remarquez que “Contexte” et “Objectifs” ne disent pas la même chose : le premier explique pourquoi le projet existe, le second dit ce qu’il faut livrer. Si vous ne savez pas quoi écrire dans “Objectifs”, relisez votre “Contexte” — l’objectif est souvent la réponse directe au problème posé.
Pour remplir les sections “Objectifs” et “Critères de réussite” sans rester au niveau des intentions vagues, il existe quelques méthodes outillées — elles sont détaillées juste en dessous. Elles ne servent pas qu’à remplir un document : elles produisent un support concret que vous réutiliserez plus tard dans le projet pour comparer et justifier de vrais choix techniques.
Le gabarit ci-dessus suffit pour la grande majorité des projets du MakerSpace. Si votre projet est plus ambitieux, ou si votre référent pédagogique attend une démarche d’ingénierie plus formalisée, l’analyse fonctionnelle (norme NF EN 16271) donne trois outils simples pour muscler le besoin avant de concevoir.
Elle force à répondre à trois questions autour du projet, pour arriver à un énoncé de besoin en une phrase claire.
graph LR
A[À qui le projet<br/>rend-il service ?] --> P((Le robot<br/>de tri))
C[Dans quel but ?] --> P
P --> B[Sur quoi agit-il ?]
Pour l’exemple du robot de tri : “Le robot de tri rend service aux visiteurs du Forum des Sciences, en agissant sur des déchets mélangés, dans le but de démontrer un tri automatique fiable.”
Il place le produit au centre et fait apparaître les éléments de son environnement (utilisateurs, autres objets, contraintes physiques). Chaque lien devient une fonction à assurer :
graph TD
Produit((Robot de tri))
Dechets[Déchets mélangés]
Visiteur[Visiteur du Forum]
Alim[Alimentation électrique]
Tapis[Tapis roulant existant]
Budget[Budget 150 €]
Produit ---|FP1: trier les déchets| Dechets
Produit ---|FP2: informer le visiteur| Visiteur
Produit ---|FC1: s'alimenter| Alim
Produit ---|FC2: s'intégrer au tapis| Tapis
Produit ---|FC3: respecter le budget| Budget
Chaque fonction listée ici peut ensuite devenir un critère de réussite concret dans votre gabarit.
Pour chaque fonction identifiée dans le diagramme pieuvre, on précise un critère d’appréciation (comment on mesure), un niveau attendu (la valeur visée), et une flexibilité (marge de négociation possible : F0 = imposé, non négociable ; F1 = peu négociable ; F2 = négociable ; F3 = souhait, pas indispensable).
| Fonction | Critère d’appréciation | Niveau attendu | Flexibilité |
|---|---|---|---|
| FP1 : trier les déchets | Taux de tri correct | ≥ 80 % sur 20 essais | F1 |
| FP2 : informer le visiteur | Lisibilité du panneau explicatif | Lisible à 2 m | F2 |
| FC1 : s’alimenter | Type d’alimentation | Secteur 220 V ou batterie ≥ 4 h | F0 |
| FC2 : s’intégrer au tapis | Largeur compatible avec le tapis | ≤ 1 m | F0 |
| FC3 : respecter le budget | Coût total du projet | ≤ 150 € | F0 |
| Fonction | Critère d'appréciation | Niveau attendu | Flexibilité |
|---|---|---|---|
| FP1 : ... | ... | ... | F0/F1/F2/F3 |
| FC1 : ... | ... | ... | F0/F1/F2/F3 |
C’est ce tableau, plus que les diagrammes eux-mêmes, qui devient directement réutilisable : chaque ligne peut être copiée telle quelle dans les “Critères de réussite” du gabarit vu plus haut.
Le FAST part d’une fonction (ex : “trier les déchets”) et la décompose en sous-fonctions techniques, jusqu’aux solutions concrètes envisagées. On ne le détaille pas ici : il a surtout sa place plus tard dans le projet, au moment de comparer et justifier des choix techniques — voir Tracer ses choix techniques.
Un projet évolue : une contrainte matérielle imprévue, un composant en rupture de stock, une idée qui s’avère meilleure en cours de route. Le cahier des charges peut changer — mais il doit changer consciemment et par écrit, pas silencieusement dans la tête d’une seule personne. Chaque révision se documente au même endroit, avec la date et la raison du changement.
C’est le lien direct avec la suite de l’atelier : ce document de cadrage est la première pièce d’une documentation qui va vivre tout au long du projet, pas seulement à la fin.
Sur votre propre projet, en équipe et à l’oral :